Voilà encore une journée à ne rien faire. Certes j'ai bien travaillé ces derniers jours pour préparer mon galop d'essai en contrats spéciaux. J'ai dormi 3h la nuit dernière mais cela n'empêche que j'étais motivée pour étudier cet après-midi.
Résultat : je suis arrivée il y a 3 heures chez moi et je n'ai encore rien fait. Je n'ai pas fait de ménage, je n'ai pas travaillé, je n'ai même pas fait la cuisine.
Ces accès de paresse m'affectent beaucoup. Comment me motiver? Surtout, comment me motiver toute seule? Car dès qu'une amie ou mon homme m'encouragent, je suis au taquet. Mais si je retrouve avec moi-même, c'est Paresse girl à tous les niveaux pour toute la journée... oui c'est que je ne fais pas les choses à moitié : ou je suis à fond, ou je suis plate comme un poisson turbot sur lequel un poids lourd aurait roulé. Rien et ne rien faire, voici ma devise en ces jours d'oisiveté.
C'est pathétique.
Le pire c'est que d'écrire cela me motive à peine. Je vais regarder la télé. Y'a Jean Luc Delarue qui m'appelle.
7 mars 2008
Paresse, quand tu me tiens
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Thèmes Les misères quotidiennes, Quand j'oublie mes neurones
9 août 2007
J’veux du pain
Je lance un appel à l’aide. JF, 22 ans, cherche pain désespérément.
Non, ce n’est pas une blague. Ici, le matin, je deviens folle. Avec mon café ou mon chocolat au lait, je me gave de biscuit. Ce n’est pas qu’ils sont mauvais mais j’aimerais un toast avec du beurre dessus. Un toast de pain. Du vrai pain. Pas de ce pain dur et bizarre qu’ils me servent le soir pour manger avec la sauce. Cette sorte de pain où l’extérieur t’abîme les dents et l’intérieur insulte les papilles de ta langue. Je veux du vrai pain, seul comme j’en ai mangé en France. Je pensais que le mythe du pain français n’était que ça, un mythe. Mais non. Pour avoir pas mal voyagé, je confirme que le pain français, c’est le meilleur. Je ne suis pas chauviniste (quoique je pourrais le devenir à force d’être ici).
Seulement jusque là, cela ne m’avait pas marqué parce que mon plus long séjour à l’étranger a duré trois semaines, aux Etats-Unis, et leur pain n’était pas si mauvais.
Mais ici, je craque. Plus d’un mois sans manger un bonne baguette bien moelleuse ou croquante juste comme il le faut. Et leur pain ici n’est vraiment pas bon - c’est le pire que j’ai mangé après le pain italien… les méditerranéens seraient-ils piètres boulangers ?
Je rentre dans un peu moins d’un mois. Mon avion atterrira à Beauvais à 8h du matin. La première chose que je ferai en sortant de l’aéroport ? Chercher une boulangerie.
Vive le pain français.
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Thèmes Espagne, Les misères quotidiennes
5 août 2007
Une thérapie à la mode
Je reviens à l’instant de shopping. J’ai acheté quelques jeans et des tops. Quoi de plus banal pour une nana de 22 ans que d’aller acheter des fringues, accompagnée d’une autre minette, à papoter toute l’après midi dans le centre commercial ?
Mais pour moi, cette partie shopping est loin d’être banale. Car en trois semaines, c’est le quatrième après midi entier que je passe dans les magasins, moi qui d’habitude n’aime pas les faire – ça me donne mal au crâne et me bousille le dos. En tout et pour tout, je dois passer 2h par mois dans les boutiques en temps normal. Là j’ai cumulé 15h en moins d’un mois.
Et qui dit cumul de boutique, dit cumul d’argent dépensé. Forcément. Parce que je ne suis pas le genre de fille qui peut simplement se balader dans les rayons. Non, si je sors faire du shopping, c’est pour acheter. Appelez ça de la compulsion si vous voulez, moi j’y ai pensé, et j’ai décidé que c’était ma thérapie.
Ma thérapie parce que je suis mal depuis trois semaines et que le fait de retourner à la maison chargée de paquets de vêtements me fait un bien fou. Je ne peux pas expliquer pourquoi. Je suis devenue une obsédée des fringues. Pire, je suis devenue une obsédée de la mode, moi qui, étant normale et dans la moyenne, n’ait jamais été une fashion victime. Obsédée c’est –à-dire que sur Internet, je regarde tous les sites de fringues,je parcours même les blogs. Une fois, je n’en ai pas dormi de la nuit. Après je parcours les boutiques et, une fois revenue des boutiques, je réessaie encore cinquante fois mes pantalons nouvellement achetés. Et une fois que j’ai fini, je pense à ce que je pourrais acheter la prochaine fois. Et pendant quatre jours je me couche tous les soirs, impatiente d’être le cinquième jour, jour de congé, quand je pourrais aller au centre commercial. Ça fait trois semaines que je suis comme ça et je n’en démords pas.
Je crois que j’ai une nouvelle garde robe, toute faite ici à Madrid. Je n’ai aucune idée de comment je vais faire pour l’emmener en France, vu que je n’ai pris qu’un bagage, sur lequel déjà j’étais montée pendant un quart d’heure pour pouvoir le fermer à l’aller ! 
En même temps je ne m’inquiète pas trop. En effet, j’achète plein de trucs, comme ça mais je ne garde pas tout. Ma méthode : je parcours chaque rayon un par un, je pioche toute les fringues que j’aime, je les essaie, je fais une sélection et j’en achète environ le tiers. Et sur ce tiers que je ramène à la maison, que je réessaie – je me prends même en photo avec, pour voir le véritable effet que ça fait !-la moitié va retourner dans le paquet avec le ticket en attendant la prochaine fois que je descende en ville. En fait, quand j’y réfléchis, c’est une excuse pour pouvoir retourner faire les magasins….J’achète des fringues que je n’aime pas vraiment, exprès, en sachant qu’il y a 50% de chance que je ne les garde pas. Ces vêtements vont être échangés par d’autres, plus une nouvelle tournée de fringues, et hop c’est reparti, parcours des rayons, essayage, tri…
C’est ma thérapie pour ne pas penser. Pour ne pas penser que je me sens seule et que je veux revoir ma famille et mon homme. C’est aussi ma thérapie pour sortir un peu de cette maison où je commence à étouffer… d’accord, il y aussi les musées et la découverte de la ville mais à la fin, je ne reviens avec rien à la maison, ce qui ne me donne pas la sensation d’Être comblée. Et puis ce n’est pas aussi excitant, c’est bien beau de se culturer mais à quoi ça me servira quand je reviendrai en France…. Tout le monde s’en fiche du museo del Prado. Mais tout le monde ne s’en fiche pas de la nouvelle paire de Manolo que je porte. C’est déprimant cette futilité je sais. Mais justement. C’est cette superficialité qui me permet de tenir. De m’évader un peu. Cesser d’être intelligente pour cesser de se retourner le cerveau à trop penser. Je préfère être insomniaque à chercher des idées d’habits dans le magasine Elle, que de ne pouvoir dormir parce que je déprime.
Bon, je ne tarde pas, il faut que je fasse mon petit défilé devant mon appareil numérique. Et que je décide de ce que je vais rendre quand j’irai faire du shopping la semaine prochaine !
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Thèmes Espagne, Le pourquoi du comment, Les misères quotidiennes, Quand j'oublie mes neurones
29 juillet 2007
Métro de Madrid : mode d'emploi
Depuis que je suis à Madrid, j’ai pris le métro plus de fois en trois semaines que durant les 21 années précédentes de ma jeune vie. Le seul métro que j’ai connu était celui de Paris et j’en ai une sainte horreur : il est moche, il sent mauvais, il est sale, les gens sont des bourrins et j’ai l’impression de traverser un monde parallèle par une porte à la Stargate à chaque fois qu’il démarre.
Par comparaison, le métro de Madrid est pas mal fichu, il y a l’air conditionné donc adieu la chaleur et adieu les odeurs et les madrilènes sont des gens raisonnables, même envers les touristes. Et pourtant, le métro de Madrid peut être bourré à craquer, même à deux heures du matin. Mais comme on s’y sent pas trop mal, qu’on n'a pas l’impression d’être dans une cage à lapin pas lavé depuis 3 mois, l’ambiance est généralement sympa. On se sent même en sécurité. Quand les gens vous regardent, on n’a pas l’impression qu’ils veulent vous tuer pour avoir oser entrer dans le wagon. Il y en a qui sourient même.
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Tout ça est bien beau, mais je trouve quand même un inconvénient. A Paris, le problème ne se pose pas. L’ambiance de guerre froide qui règne dans le métro parisien vous met tout de suite mal à l’aise ou vous plonge tout de suite dans l’indifférence totale ; ainsi, soit vous regardez les gens d’un air méchant ou moqueur ou du genre à penser c’est quoi ce marginal en face de moi, soit vous regardez vos pieds, le mur d’en face, le plan, et tout le monde s’en contre fiche -ou ils vous regardent l’air de penser, c’est quoi ce marginal.
A Madrid, c’est bien différent. Quand tu rentres dans le métro, tout le monde te regardes. Mais de façon sympathique ou plus ou moins curieuse. Donc déjà tu te dis, il faut que je me comporte bien. Tu as deux solutions : rester debout ou s’asseoir sur la banquette.
Les choses se corsent si tu optes pour la deuxième solution . En effet, le métro de Madrid est configuré de manière à ce qu’il y ait plus d’espace et il y a peu de sièges mais qui se font toujours face. Ainsi quand tu t’assieds, tu es forcément en face de quelqu’un –si le métro est presque vide, c’est une chance.
Et là, seulement là, te peux commencer à te sentir mal à l’aise. Tu ne peux pas tenir ta tête droite de façon normale. Ça donne l’impression que tu regardes la personne en face de toi et c’est très gênant car c’est mutuel. Et comme les madrilènes sont un peu plus éduqués que les convoyeurs parisiens, ils ne te dévisagent pas. Ainsi, il faut réfléchir où regarder. A droite, il y aura quelqu’un, à gauche aussi. Et au bout d’un moment, tu te chopes un torticolis. Par terre, ce n’est pas mieux. La personne d’en face croit que tu regardes ses shoes, alors elle les regarde pour vérifier si une crotte ne s’y est pas collée. Et toi tu relèves la tête toute gênée. Après tu regardes le plan du métro, ouais mais il est en hauteur et de toute manière tu le lis 5 secondes et après ça n’a plus d’intérêt. Alors tu vas regarder ton image devant toi, mais c’est pareil ça donne l’impression que tu fixes la personne d’en face. Donc tu vas sortir ton portable pour le tripoter mais moi j’aime pas, parce que tout le monde sait que dans le métro, il n’y a pas de réseau donc on devine tout de suite ton impuissance. Alors tu ne sais plus où regarder, tu te sens super embarrassée et ce qui devait être un voyage en métro très agréable devient un moment des plus gênants de ton existence. Ce qui rajoute à l’embarras est que tu peux sentir que les autres sont dans le même embarras que toi.
Solutions :
* Regarder ses genoux. Pareil que de regarder ses pieds en attendant le bus, ce n’est pas fantastique, on dirait que tu es une extra introvertie.
* Ne pas s’asseoir. Je le fais parfois, comme ça je me positionne comme je veux, de manière à ne pas directement être en face de quelqu’un. Mais ça ne résout pas le problème de où véritablement poser ton regard.
* Prendre un bouquin. Ça c’est génial, j’ai testé, c’est trop bien. Mais il ne faut pas être sensible pour les nauséeux. Idem pour le journal, et pis ça, c’est pas très pratique à déplier dans les transports en commun.
* Fermer les yeux. C’est bien mieux, en plus tu en profites pour te reposer, mais j’ai toujours peur de m’endormir véritablement et de finir par ronfler. Ou de rater ma station de métro.
* Etre accompagné. Le top du top. Tu regardes ton ami, tu lui parles et les autres tombent aux oubliettes.
* Ne pas prendre le métro. Solution radicale. Dans le bus, les sièges sont tous mis dans le même sens. Tu peux regarder les cheveux du mec de devant sans honte.
Ma solution perso : j’ai écrit ces quelques lignes dans le métro… tout le monde pense que je suis une intellectuelle, ou un poète, un romancier, et c’est tellement glamour. Et moi, j’oublie carrément les autres, ne relevant la tête que toutes les 5 minutes pour vérifier les arrêts. Et en plus, c’est productif.
Ayest. Je dois descendre.
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Thèmes Espagne, Les misères quotidiennes
16 juillet 2007
Le cauchemard du téléphone

Hier, il m’est arrivé une chose horrible. Mon portable s’est déchargé.
S’il y a bien une chose qui est stressant quand on possède un téléphone mobile, c’est qu’il n’ait plus de batteries alors qu’on n'est pas chez soi. Un mobile, c’est tellement utile. On peut appeler quand on veut où on veut. Mais surtout, aujourd’hui, on peut prendre des photos, écouter de la musique, télécharger des jeux. Bref, le mobile a remplacé la cigarette : quand on ne sait pas quoi faire de ses mains, hop, on sort son téléphone et on revoit pour la énième fois tous les noms de son répertoire.
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Donc un mobile qui se décharge quand on attend le bus en pleine rue, c’est carrément l’angoisse. Que faire ? Regarder les gens, mais ils te regardent aussi, c’est super gênant. Regarder ses pieds, moui ce n’est pas super intéressant et on te prends pour une marginale extra timide. Regarder le ciel on va te prendre pour un azimuté. Bref, pour une non-fumeuse, un portable déchargé c’est la lose totale, on ne sait plus si on doit croiser les bras, mettre les mains dans ses poches, sur ses hanches, contre un mur.
Heureusement le jour où ça m’est arrivé, j’avais mon i-pod ! Donc au lieu de le mettre dans mon sac, les écouteurs aux oreilles, je le tripotais jusqu’à connaître les 3106 chansons que j’avais téléchargées- je me demande pourquoi vu que je n’écoute que ma play-list de 14 chansons !
Mais le i-pod ne peut pas faire substitut de mobile pour ce qui est de l’intérêt premier d’un mobile : passer un coup de fil. Or, je devais prendre le bus pour Soto, où on devait venir me chercher 45 minutes après. Comme toujours, je devais appeler une fois rentrée dans le bus pour prévenir que j’étais en route, afin qu’on vienne me chercher à l’heure.
Je monte donc dans le bus, avec mon portable déchargé, oubliant l’existence même des cabines téléphoniques, qui sont devenues pour moi comme une maison hantée. Au bout d’un quart d’heure, le stress grandissant de ne pouvoir allumer mon téléphone, je jette un coup d’œil aux alentours. Dans le rang d’à côté, deux femmes d’environ 65 ans, dont une qui tient dans sa main, alléluia, un portable rose (sans commentaire). Je tripote mon portable, j’hésite, est-ce que je me permets de lui demander que je mette ma carte SIM dans son téléphone ? Je l’ai déjà fait mais j’ai toujours demandé à des jeunes, cool et fashion, qui devaient connaître la galère d’être sans batterie. Les vieux ne connaissent pas, car le portable, c’est pour appeler, uniquement pour appeler, le reste du temps, il est branché. Mais dans ce bus, la moyenne d’âge est de 60 ans, ici, je ne suis qu’un bébé.
J’observe les deux femmes cinq minutes ; elles me paraissent normales, elles discutent tranquillement, elles ont l’air d’être ouvertes, pas de ces vieilles femmes qui ont peur de tout et qui vont te faire une crise cardiaque si tu leur demandes l’heure.
Allez, prenant mon courage à demain, la nécessité d’appeler étant plus fort que tout- oui, parce que si on ne vient pas me chercher au village, je vais devoir me taper vingt minutes de marche…avec mes escarpins-, je me dresse, m’assieds sur le siège d’à côté, me concentre pour sortir ma voix la plus suave et leur adresse la parole.
Ah oui, le problème, c’est que c’est en espagnol, et je ne sais pas comment on dit ni batterie, ni carte SIM, ni décharger. Bon, je leur demande quand même, avec mes mots à moi, en faisant des gestes de clown, leur montrant mon mobile et le portable rose qui pend à la main de la première.
Je n’ai pas dû bien me faire comprendre. Tout d’un coup, dirais-je même, tout de suite car je n’ai pas pu terminé mes explications, un flot de paroles se déverse et je n’ai pu comprendre que ‘’enchufar’’. Usted tiene que enchufar. En gros, la dame m’a répété, que je devais brancher mon portable.
…
Grosse goutte d’eau sur ma tempe gauche, façon manga.
…
Elle me prend pour une conne là. Non, mais c’est ça, je suis une grosse IMBECILE qui ne sait pas que pour que le portable se recharge il faut le BRANCHER !!!!!!
Passant ma surprise, j’essaie de lui demander si elle ne peut pas me prêter son mobile. ‘’Pero blababla, enchufar, blablablabla, para que, blablablabla, tiene que enchufar su móvil, blablabla’’
D’ac-cord. Muchas gracias señora, vous m’avez été d’une aide précieuse. La prochaine fois, je penserai à prendre mon rechargeur pour pouvoir brancher mon téléphone dans le bus afin de ne plus embêter les dames charmantes comme vous-même.
Sans blague.
J’ai de la chance, les deux hommes de derrière ont vu mon cas désespéré et mon air ahuri (j’étais à la limite de pleurer, ou cette dame me prend pour la dernière des tébés ou elle a un QI de chauve-souris). Un d’eux se penche pour me demander le problème…non, non, je n’étais pas en train d’agresser la vielle dame, je vous assure !!
Après lui avoir expliquer, il me prête gentiment son portable. Manque de pot, le sien aussi n’a pas assez de batterie, je peux l’allumer mais pas appeler. Je le lui dis, il me dit si, si, vous devez l’allumer.
Gouic.
Je dois vraiment avoir une tête d’imbécile.
Je suis obligée de lui montrer son portable, de l’allumer devant lui et d’attendre que le portable se coupe pour qu’il comprenne – je tiens à préciser que mon espagnol n’était pas la cause de toute cette incompréhension.
Au bout de dix minutes, je trouve enfin un portable valable. Tout en appelant, je vois du coin de l’œil que les deux dames parlent de moi (je ne l’entends pas, je le vois). Vous savez, d’un style désapprobateur comme seules les vieilles dames peuvent le faire, disant oui de la tête d’un air dégoûté avec la main sous le menton, pinçant les lèvres et haussant les sourcils, genre, ‘ces jeunes de maintenant, plus aucun respect pour rien’….
J’ai trouvé pire angoisse que de simplement avoir un mobile déchargé : avoir à demander de l’aide quand on a un mobile déchargé.
Je préfère tourner la tête vers la fenêtre. Dans une demi-heure, je vais pouvoir brancher mon portable. Et elles, elles peuvent aller s’enchufar ailleurs.
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Thèmes Espagne, Les misères quotidiennes, Rencontre du 3eme type
10 juillet 2007
Happy is the man who forgets what he cannot change
La vie ici est vraiment tranquille. La famille pour laquelle je travaille en tant que fille au-pair possède une petite maison dans une petite résidence composée de onze autres petites maisons toutes identiques, formant un rectangle. A l’intérieur de ce rectangle, un petit jardin avec une piscine commune. On est en Espagne, il ne fait généralement pas moins de 30 degrés à cette époque donc la piscine c’est le must.
Oui mais voilà.
suite
Voilà, moi, je croyais, quand ils me disaient qu’ils avaient une piscine, qu’elle était de leur propriété privée. Ainsi, cela ne m’aurait pas dérangé de me baigner si seuls eux me voyaient, ainsi que les enfants ou même les amis des enfants.
Une piscine commune, ça change tout. Déjà, vu la configuration de la résidence, tout le monde peut te voir te baigner depuis sa fenêtre de chambre. Ensuite, il n’y a pas que les enfants qui se baignent, il y a aussi tous les parents.
On m’avait dit que les Espagnoles étaient poilues et grasses. Alors je me suis dit, hah, super, je ne serais pas la seule ! Pas de quoi complexer, je peux exposer mes bras de yéti, mes bourrelets au ventre et la cellulite de mes cuisses.
Certes, elles sont poilues… en fait, je ne pense pas qu’elles soient plus poilues que les Européennes du Nord mais elles ont des poils très noirs sur une peau plus ou moins mate ou blanche. Bon d’accord, il y en a qui sont vraiment très poilues- j’ai fait la connaissance d’une maman qui avait un duvet partant des oreilles vers la bouche…
Mais ici, elles sont carrément pas grosses. Ni grasses. Ni flasques. La seule que j’ai vue avec de la cellulite était enceinte.
Le cauchemar. Je me suis retrouvée dans une résidence bourrée de femmes au foyer toutes plus minces les unes que les autres.
Je vous assure que cela a de l’importance quand vous vous sentez moche et grosse, flasque, celluliteuse, vergetureuse, bref, la totale. Je l’avoue, je suis une complexée.
Les complexées ont un problème : leur complexe est parfois une obsession. Il est impossible de les oublier, définition même d’un complexe. Ce qui signifie qu’il est impossible de ne pas penser à son complexe quand il faut le montrer. Car les complexes ne sont complexes que quand les autres peuvent le voir. La solution est donc de les cacher.
Et comment fais-tu pour cacher un complexe telle que les bourrelets et la cellulite ? Tu ne te baignes pas.
Alors me voilà, au soleil, près de la piscine, avec ma mini jupe et mon débardeur, suant à 35 degrés au soleil, pendant que tout le monde barbote gaiement dans l’eau fraîche. Ils me demandent si je ne veux pas me baigner : ‘’non merci, l’eau est un peu froide à mon goût’’. Ce n’est pas entièrement un mensonge, la première fois que je suis rentrée dans la piscine – ou plutôt que j’ai sauté dedans après avoir lâché la serviette juste au bord- je me suis gelée jusqu’à la racine des cheveux.
Mais je préfèrerais quand même nager. Je n’en peux plus, je vais attraper une insolation, je ne vais plus avoir de peau avant la fin du mois à force.
Alors autre solution que de rester comme une idiote au bord de la piscine, et en plus vêtue : je ne sors plus de la maison. Ainsi, voilà que je passe les heures où tout le monde se baigne, dans ma chambre, au sous-sol, loin de la lumière (mais pas loin de la chaleur), toute seule, à taper des imbécillités sur le portable.
En dix jours, je n’ai pas bronzé d’un centimètre de peau. 
Si seulement je pouvais oublier que j’avais des bourrelets. Toute autre option n’est pas valable : rentrer le ventre ne fait pas disparaître les bourrelets de côté, à moins d’essayer en même temps de s’allonger et de ne plus respirer- ni la cellulite. Se baigner aux heures où il n’y a personne non plus, il ne fait pas assez chaud et de toute façon ce sont les heures où je m’occupe des enfants. Se baigner en maillot de bain combinaison n’est certainement pas l’option pour avoir l’air moins con.
Conclusion : je suis coincée. Je ne dirai pas je suis coincée dans mon corps ; non, je suis coincée dans ma tête. Car si je ne pensais pas à ses fichus complexes, je m’éclaterais plus, on me prendrait moins pour une fille bizarre (LA fille qui ne se baigne pas) et plus que ça, je serai carrément heureuse car je n’aurais aucun souci dans ma vie vu que actuellement c’est la seule ombre au tableau. Si je pouvais oublier mes complexes, je serais une femme libérée, épanouie. Heureux est celui qui peut oublier ce qu’il ne peut changer.
Mais dis donc, j’y pense, ce que je ne peux changer ? Mais bien sûr alors que je pourrais être heureuse : je vais maigrir pour perdre les bourrelets et faire du sport pour perdre la cellulite. Donc, manger moins et équilibré et courir tous les deux jours…
Ouf, tout un programme.
Euh, finalement je préfère rester dans ma chambre, j’y suis très heureuse. Je ne veux pas crever de faim et faire un jogging, c’est barbare.
Je resterai complexée, et tant pis, je le revendique: Happy is the lazy girl who forgets what she has no courage to change.
(vraiment, cette citation est ridicule, j’ai honte)
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Thèmes Espagne, Les misères quotidiennes